DESIGN : PETITES SÉRIES ENTRE ILLUMINÉES

DESIGN : PETITES SÉRIES ENTRE ILLUMINÉES

UNE IDÉE LUMINEUSE

Empotés, arborés, cuivrés, embobinés, enfourchés… les luminaires de Stéphanie Calemard sont à des années-lumière d’une lampe classique. Depuis qu’elle a déclaré sa flamme au tissu africain avec sa série Mégawax, ses suspensions se déclinent aussi en une guirlande méga colorée.

Il suffit d’une illumination pour faire une collection. C’est ce qui est arrivé à Stéphanie un jour dans le métro parisien en admirant le pagne magnifique d’une Africaine. “Je lui ai demandé où elle l’avait acheté, elle m’a répondu à Château Rouge, le quartier africain de Paris. Je m’y suis rendue dans la foulée et j’ai adoré cet endroit. J’avais l’impression d’être dans un autre pays. J’ai acheté une valise sur place et je l’ai remplie de tissus wax. Quand je suis rentrée chez moi, l’idée est vite venue : j’ai monté mon grillage de cuivre, commencé à tisser des bandes de wax préalablement plasti- fiées. Ma série Mégawax était née.” Ces suspensions aériennes, légères et colorées, elles les décline selon les goûts et les envies des clients qui choisissent le diamètre de l’abat-jour (de 15 cm à 1,20 mètre) et le coloris. C’était il y a 4 ans. Depuis Stéphanie a dû réaliser 4 ou 5000 lampes de cette collection branchée !

SOUS LES FEUX DE LA LAMPE

Cette envie de créer, elle l’a toujours eue depuis son enfance à Saint-Etienne : petite déjà, elle dessinait, peignait à l’huile, sur soie, à l’aquarelle… Après des études à l’École d’arts Appliqués de Lyon, elle occupe le poste de graphiste en agences de communication à Lyon, Paris et Grenoble. Puis, elle se lance en freelance et se spécialise dans les affiches d’événements culturels. Un jour, elle commence à fabriquer des lampes pour son intérieur. Après une expo privée de son travail et un passage au salon ID d’Art Lyon, elle se rend compte que ses «Petites Séries Entre Illuminées» plaisent. Alors, il y a 15 ans, elle sort de l’ombre et participe à son premier salon Maison & Objet à Paris. Depuis, elle n’en a manqué aucun !

HABITS DE LUMIÈRE

Sa première série, les Empotées, un détournement de transplantoirs, est directement inspirée de la nature et de son environnement. “J’habite à Saint-Ismier, dans la vallée du Grésivaudan. Un endroit merveilleux et en haut du village : ma maison, qui date de 1739, au bord d’une forêt, entourée de biches, d’oiseaux… Un vrai paradis, c’est très inspirant comme lieu, complètement hors du temps… J’y ai mon petit atelier de 20 m2, qui s’est étalé dans toutes les pièces, maintenant que mes trois enfants sont partis !” Entre nature et haute-couture, elle propose «Les Arbres voyageurs», des lampes en bois habillées de lainage, «Les Enfourchées», une fourche devenant le pied de la lampe… Elle voulait être styliste. Cela ne s’est pas fait, mais elle habille désormais ses luminaires de toute sorte de tissus en jouant sur les couleurs et les imprimés.

HISTOIRES DE FAMILLE

Aujourd’hui, sa série Mégawax ayant méga pris le dessus sur les autres, elle s’y consacre presque entièrement entre confection et présentation sur des salons comme Le Printemps des Docks (19 au 21 novembre à Lyon). Presque, car elle a aussi retrouvé sa passion pour la peinture pendant la pandémie de Covid. Elle s’entoure alors de personnages colorés, sa Family Wax, qui lui tiennent compagnie lors de ses expositions au Luxembourg, à Lausanne… “Mes tableaux sont un petit bout de moi, mes enfants qui sont partis, c’est ma famille”. Une mise en lumière d’une autre facette artistique de cette boule d’énergie qu’est Stéphanie, génie de la lampe…

https://www.petites-series-entre-illuminees.com/

Ses créations sont à retrouver chez Intérieur Altitude à l’entrée de Thônes.

Photos : Stéphanie Calemard

Design : Camille lauremane

Design : Camille lauremane

COMME UN ACCORD

Pas de Camille en vue chez le designer Camille Lauremane, mais Gautier Laurent et Estelle Drevet, deux créateurs de meubles épurés et parfois intrigants… Entre l’ébéniste et l’architecte règne une harmonie au parfum boisé, un accord parfait donnant naissance à une gamme de mobilier aux notes stylées.

Avec ses pieds en lignes droites et la courbe douce de son dossier, son assise et son piètement en porte-à-faux, la chaise YXO a de quoi surprendre. Jouer sur les oppositions, proposer des designs qui sortent de l’ordinaire et se distinguent franchement de ce que l’on peut voir habituellement, voilà l’objectif de Camille Laurémane. Derrière ce nom fictif, se cachent deux esprits créatifs : Gautier et Estelle. Lui a fait des études de dessin industriel et pendant 6 ans a construit des machines spéciales dans ce domaine pour ensuite se tourner vers la conception et le design d’équipement médicaux. Puis, c’est lors d’une collaboration avec son père et son frère, propriétaires d’une entreprise de coffrage en bois pour des conceptions ambitieuses d’architectes et d’artistes, qu’il a le déclic. Toucher du bois, il a toujours aimé cela, sans doute une histoire de famille : un arrière-grand-père maître artisan menuisier, un grand-père charpentier, une sœur architecte spécialisée dans le bois… Après une formation d’ébéniste dans le Jura, il travaille chez deux menuisiers singuliers ayant une formation d’architecte pour l’un et spécialiste en fabrication de siège pour l’autre. En mars 2020, il crée son atelier à Villard-Bonnot, et est rejoint rapidement par Estelle…

ARCHI INGÉNIEUSE

Estelle, de son côté, a effectué un double cursus ingénieur-architecte à Lille. “Diplômée ingénieur, j’ai voulu continuer les études d’architecture à plein temps. Je suis alors rentrée à l’école nationale d’architecture de Grenoble ce qui m’a permis de découvrir la diversité des approches de cette discipline, cet exercice d’exprimer spatialement une décision intellectuelle : historiques, culturelles, techniques… J’ai aussi appris à concevoir un projet de A à Z notamment en participant aux Grands Ateliers de l’Isle d’Abeau où l’on pouvait construire nos projets à l’échelle 1”. Après avoir été salariée en agence et œuvré sur des projets d’agencement, de déco, de dessin de meubles comme des banques d’accueil, elle se sent irrémédiablement attirée par cette partie très design de l’agencement. Et comme elle partageait déjà sa vie personnelle avec Gautier, l’idée de s’associer dans la vie professionnelle est venue naturellement.

ÇA BICHE !

Camille Laurémane, c’est ainsi un peu de lui, un peu de moi”, explique Estelle. “Gautier est très créatif surtout pour les détails d’assemblage, les aspects plus techniques, moi je vais beaucoup analyser le contexte donné et l’environnement autour d’un projet. Notre mobilier, on le fait tous les deux. Quand on propose un accompagnement des clients en décoration et agencement sur mesure haut de gamme, c’est plutôt ma partie. Nous sommes très complémentaires, parfois une idée viendra de Gautier et je vais la compléter, et vice-versa”. De cette collaboration, naissent dans leur atelier désormais installé à Vienne, des meubles d’art épurés, dépouillés du superflu, un peu intrigants parfois, à l’image de la console Ziggy et de ses pieds tout en finesse : prise en photo en pleine nature, elle semble prête à gambader telle une gracieuse biche sur ses pattes délicates ! Pour le bureau de la collection Reine, c’est après avoir visité le Musée des Arts Décoratifs de Paris qu’ils ont eu envie de revisiter un bureau Cressent de style Louis XV pour en faire quelque chose de plus contemporain en gardant l’idée des tiroirs se fondant dans les courbes.

RÉACTION EN CHÊNE

Apportant une grande importance aux essences utilisées, ils n’emploient que du bois massif provenant de France pour leurs créations en petites séries. “Sur les projets d’agencement (cuisine, salle de bains, banques d’accueil…), c’est plus compliqué, mais on essaye de minimiser le recours aux bois agglomérés, aux panneaux de particules… Ce n’est pas la matière qu’on aime travailler et c’est peu écologique. On essaye de toujours créer dans une logique de durabilité, on espère vraiment que nos meubles seront utilisés d’une génération à l’autre. C’est pourquoi on choisit des essences qui ont fait leur preuve : chêne, hêtre, frêne essentiellement”.
Des essences pour le plaisir des sens !

+ d’infos : http://camille-lauremane.com

DESIGN : ATELIER LOUPIOTE

DESIGN : ATELIER LOUPIOTE

LAMPE DE LANCEMENT

Si Elon Musk opte pour des alliages d’acier spéciaux et cible le Centre Spatial Kennedy afin de décoller, l’Atelier Loupiote, lui, choisit le bois, vise votre table de chevet et préfère se poser. Pour entrer dans la lumière, à chacun sa fusée, le principal, c’est de se lancer…

Noël approche. Certains d’entre vous, les plus créatifs, les plus talentueux ou les plus fauchés, auront certainement envie de fabriquer des cadeaux de leurs propres mains. Sans savoir qu’il s’agira peut-être là du début d’une belle histoire… Ce fut le cas pour Aline Bergeron, une jeune architecte originaire de Bourges –ce qui ne fait pas d’elle une Bourgeoise, mais une Berruyère– qui, à la fin 2019, décide de mettre à profit ses talents manuels pour gâter ses proches : avec l’aide de Maxime Dubois, son ingénieur de compagnon, elle conçoit des petites lampes-fusée avec des lames de bois –Dubois, de bois, oui, on lui a déjà fait la vanne plusieurs fois-, qui font un carton.
Le confinement qui suit, quelques mois plus tard, leur permet de réfléchir à ce succès. Depuis longtemps, Maxime est dans les starting-blocks pour le lancement d’un projet puisqu’il finit de se former au commerce et à l’entreprenariat à l’EM Lyon Business School : “j’ai toujours eu l’idée que je vendrais quelque chose que je saurais faire et que j’aimerais, c’était l’occasion. J’ai donc mis toutes mes économies et on a acheté une machine à découpe laser.

UN BOULEAU D’ENFER

La parenthèse Covid leur laisse également le temps de mettre en ligne leur site internet, d’imaginer plusieurs modèles et de créer les prototypes. En tout, une gamme d’une dizaine de luminaires minimalistes, à l’image des suspensions design Albatros et Ava, ou les lampes à poser plus enfantines, comme la montgolfière Archimède ou Antoine, l’avion tout rond… Le nom de chacune de ces références commence d’ailleurs par un A, comme Aline, pour qui les lampes ne sont pas QUE des objets, mais des éléments qui créent “continuité et cohérence dans nos espaces ; autrement dit, c’est un élément clé qui fait qu’on se sent bien chez soi.” “C’est pour ça qu’on aime le terme de «sculpteur de lumière»”, complète Maxime, “car les lamelles de bois la diffusent de manière très originale, on travaille beaucoup sur la projection.
L’autre grande envie de ce duo inventif, c’est de défendre haut et fort les circuits courts, en achetant notamment leur bois de bouleau en Isère ou dans le Rhône, à moins de 100 km de leur atelier. Ils espèrent aussi jouer un vrai rôle dans la filière éclairage française, se positionner comme « l’acteur précurseur de la re- localisation ». “95% des luminaires vendus en France sont des produits d’importation, ils se ressemblent donc tous beaucoup, ce sont des produits de masse, issus de très grandes séries. Ce qu’on veut, nous, ce n’est pas dénoncer, mais essayer d’inverser la tendance.

PETITE LAMPE NE DEVIENDRA PAS TROP GRANDE

Et parler à tout le monde, en ne se situant ni dans le créneau de la grande distribution bon marché, ni dans celui des grands noms du design hors de prix. “On est des tout petits industriels-artisans, qui travaillons à la fois avec des moyens modernes et avec des gens, avec de l’humain à la production. On veut donc montrer qu’il est possible d’acheter des luminaires en accord avec ses valeurs. Quand on se lance, on vous dit souvent qu’il vaut mieux choisir un « océan bleu », un secteur vide de concurrents. L’éclairage, c’est un secteur ultra-concurrentiel, mais ça peut marcher, si on vend du sens.” Et ça marche. “Au début, il ne s’agissait pas du tout d’un projet ambitieux”, se rappelle Maxime, “mais plutôt d’une aventure annexe, j’étais toujours en recherche d’emploi, on n’avait pas de locaux à proprement dit, mais ça n’a fait que grossir.” Installé aujourd’hui dans 300 m2 à Villeurbanne, l’Atelier Loupiote emploie trois autres personnes et compte bien en recruter 5 de plus pour 2022. Et si, a contrario d’Elon Musk, ils ne visent ni la Lune ni Mars, du haut de leurs 25 ans, on peut dire qu’Aline et Maxime sont bien lancés…

+ d’infos : http://atelier-loupiote.fr

DESIGN : API R BOIS

DESIGN : API R BOIS

BE API !

Rien ne se perd, tout se transforme ! Du déchet au design, il n’y a qu’un coup de scie (ou presque!). Pierre Roussat, menuisier, redonne vie à un berceau rococo, magnifie des tiroirs très rasoirs, transcende un plancher usé ou réanime un volet ébréché. Dans son atelier de Saint Pierre de Soucy, près de Montmélian, il bûche dur pour donner de la voie aux bois de guingois.

Le bois sans issue, Pierre n’en veut plus. Agacé par le gaspillage et la production énorme de déchets dans le bâtiment et la rénovation, il décide de revaloriser ce matériau noble destiné à être jeté. Ce Stéphanois d’origine, arrivé en Savoie en 2010 pour rejoindre son épouse, et ancien ingénieur en génie-mécanique, s’est en effet reconverti en menuisier suite à un licenciement économique. Toucher du bois, c’est déjà quelque chose qu’il faisait par passion sur ses temps libres, désormais il en fera son métier. Après un CAP de menuisier en alternance aux Compagnons du devoir à Grenoble, il réalise son apprentissage dans une entreprise aux Marches. “Je me suis aperçu que dans la rénovation, on retrouvait les mêmes travers qu’en industrie : une production énorme de déchets. Par exemple, les portes et fenêtres en bois remplacées par du PVC partent en déchèterie alors qu’il s’agit d’essence de bois noble. Cela ne m’a pas plu du tout ! J’ai alors commencé à récupérer ce bois pour en faire du petit mobilier…

LA RÉCUP EST PLEINE !

La graine est plantée, il lance alors en octobre 2017 son activité sous le nom API-R Bois (Atelier Participatif Ingénieux de Recyclage Bois) et rejoint Cabestan, une SCOP (société coopérative) qui mutualise les moyens (ressources humaines, comptabilité, service juridique…) pour différents entrepreneurs du bâtiment. Une opportunité qui lui a permis de se lancer en partageant des chantiers avec d’autres entrepreneurs de la coopérative. En novembre, il participe à «Dimanche de Récup» organisé par la ville de Chambéry. “L’objectif était de trouver des solutions zéro déchet dans tous les domaines. J’ai présenté quelques réalisations représentatives de ce qu’on pouvait faire avec du bois considéré comme déchet : un meuble de chevet fabriqué à partir d’un volet cassé et un ancien berceau en bois transformé en rocking-chair. Suite à ce salon, je suis reparti avec mes 30 premiers clients !” Depuis, Pierre ne chôme pas et propose aux particuliers, comme aux professionnels, des agencements et du mobilier en y intégrant le plus possible de matériaux surcyclés.

ROI DES BOIS

Je vais collecter mes matériaux sur des chantiers avant démolition et j’achète aussi via les Chantiers Valoristes qui ont créé une Matériauthèque dans les anciens locaux du cafetier Folliet. Les particuliers aussi m’en proposent avant la déchèterie. Cela me fait un petit stock que j’affine en fonction des projets.” Maîtrisant parfaitement toutes les phases de la conception à la fabrication et la pose, Pierre essaye toujours d’être militant et de sensibiliser ses clients au réemploi du bois. “J’aime qu’on arrive à identifier l’origine du bois, garder la patine des anciens meubles, ajuster différentes essences pour avoir des contrastes… Ce sont des réalisations sur-mesure, qui ont une âme avec des matériaux qui ont déjà eu une première vie, une histoire… comme le meuble de mercerie que j’ai fait pour la recyclerie de Pontcharra sur une base de plein de tiroirs différents.

BIG UPCYCLING

Aimant également allier le bois au métal, il coopère avec Nicolas Fenestraz de Freewind Custom, rencontré lors de ce fameux dimanche de récup il y a 4 ans. Lui, son truc, c’est le métal : il en récupère pour détourner des objets, des luminaires, des étagères… et les piétements des tables de Pierre. Dans une de leurs dernières réalisations, Nicolas a intégré des pièces de vélo dans les pieds de la table tandis que Pierre a récupéré du parquet en chêne pour le plateau et travaillé des motifs végétaux en marqueterie.
Passionné de nature, de rando, de parapente, de musique… Pierre s’est aussi beaucoup investi dans une association pour redynamiser le quartier de la vieille ville de Montmélian. “Du 4 au 12 décembre, Quartier d’Artistes de Montmélian est un événement où les boutiques vides sont réinvesties par une trentaine d’artistes différents qui proposent des expos-ventes, des démos, des concerts, des shows graff…” Car finalement, tout peut être upcyclé, même une vieille boutique !

+ d’infos : http://api-r-bois.fr

VISITE DE MAISON… de bois

VISITE DE MAISON… de bois

SOBRIÉTÉ DE FAÇADE

Il fut un temps où Français et Ecossais s’étaient alliés pour faire front contre la perfide Albion. Dans les Portes du Soleil, s’ils ont de nouveau uni leurs forces, ce n’est pas pour former des bataillons, mais pour redonner, sans la dénaturer, de sa superbe à une vieille maison.

Des coins peints, un petit balcon à la Roméo et Juliette au-dessus de l’entrée, des volets rouges et blancs… Très familière aux yeux des locaux, cette imposante bâtisse du XVIIIe siècle, qui semble se cacher derrière la mairie de Montriond -prononcez Monrion-, n’est pas typique. A l’origine, elle est pourtant bien flanquée d’une grange en bois à l’arrière, comme la plupart des habitations traditionnelles de la vallée, mais elle est plus haute et plus cossue.
Au milieu des années 2010, avec son air triste, elle fait discrètement de l’œil à Lynn et Duncan, un couple d’Ecossais, grands skieurs, qui vient régulièrement en vacances dans le village. Ils la trouvent d’abord massive et peu opportune -à cette époque, ils sont en train de faire construire leur maison à côté de Glasgow-, puis elle leur passe sous le nez, avant, contre toute attente, de revenir sur le marché. C’est en 2016 que leurs destins se scellent finalement sur le papier.

COUPE CLAIRE

Si, en apparence, la vieille Meuriande -habitante de Montriond- n’a rien perdu de sa dignité, derrière les murs, il n’y a pas grand-chose à conserver. “Il y avait encore l’étable et une cave voûtée complètement insalubre, on voyait les différentes extensions ajoutées au fil du temps, mais une seule petite partie avait été gardée comme maison de vacances”, se rappelle Duncan. “L’ensemble était en très mauvais état. Il fallait repartir d’une feuille blanche. Par contre, nous voulions absolument préserver la façade et restaurer l’extérieur de la manière la plus respectueuse possible.” Une évidence pour tous, propriétaires, architectes et artisans. Leur premier réflexe ? “Supprimer toutes les excroissances pour redonner au bâtiment sa belle tenue initiale”, explique Hervé Marullaz, l’architecte morzinois qui prend en main cette rénovation, “et tout désosser pour le re-configurer complètement, retrouver des volumes intéressants…

©sharpography.co.uk

GOÛTS DE LUX

Volumes et lumière, voilà ce qui redessine l’intérieur de la demeure, avec ses six chambres-cocon, sa gigantesque cuisine-marmiton, son coin piscine-relaxation et son étage-salon… Oui, le salon prend quasiment TOUT le dernier étage. Car le véritable luxe, ici, c’est l’espace. En poussant la petite porte d’entrée en bois -la porte d’origine-, on aurait, par réflexe, tendance à baisser la tête, prêt à entrer dans un rez-de-chaussée trapu et un peu renfrogné. Il n’en est rien : la clarté vous cueille dès le palier, au pied d’un magistral escalier. “L’idée, c’était qu’on n’ait pas le sentiment de rentrer dans un sous-sol”, résume l’architecte. “L’escalier central, même s’il dessert les pièces de vie, n’est pas forcément l’axe de circulation principal -il y en a d’autres plus discrets- mais il ouvre sur l’ensemble de la maison.” En effet, le temps de laisser le regard grimper jusqu’au premier niveau, puis traverser la trémie au 2e, on atteint la charpente. D’un seul coup d’œil, l’âme du lieu et sa singularité sont donc révélées. Et tout a été fait pour qu’elles ne restent pas dans l’obscurité. Naturellement, le soleil entre par les grandes ouvertures verticales sur chacun des flancs en bas ; par les baies, larges fenêtres et parois à claire-voie dans les étages, où cloisons, planchers, passerelles et garde-corps vitrés le laissent inonder l’espace sans contrariété. Mais quand la nuit tombe, me direz-vous ? C’est là que Kyles Garrett, décoratrice d’intérieur dont le premier métier était l’éclairage, déploie tous ses talents. Elle glisse du Lux -unité de mesure de l’éclairement lumineux… Vous êtes aussi là pour apprendre des choses- sous les marches d’escaliers, dans la moindre petite niche du bar, sur les toiles des artistes locaux et britanniques, sous les poutres du toit ou dans le plafond du spa.

©sharpography.co.uk

SWINGY, FUNKY & BON ESPRIT

Les luminaires, c’est la signature de Kyles. Les balançoires -les “swings”- aussi. Elle en a suspendu près de la piscine, sur le balcon et dans le salon, “pour montrer que même quand on est adulte, on peut avoir un moment pas sérieux, que les choses ne sont jamais très graves.” Depuis le début du chantier, les propriétaires lui font entièrement confiance : “ils avaient envie d’un esprit chalet, mais sans cœurs ni peaux de moutons partout. Ils étaient aussi d’accord pour rester en cohérence avec leurs origines écossaises, mais sans chardon ni tartan. Nous avons donc cherché plus funky : tous les papiers peints, fauteuils et coussins, viennent de chez Timorous Beasties, un incroyable éditeur de tissus de Glasgow. On est partis d’une palette assez minimaliste, gris, bois, verre et métal, à laquelle nous avons ajouté ces petits éléments très forts. J’adore aussi le boudoir, avec ces grands oiseaux aux murs, cette lampe-cage complètement folle… Je n’aurais jamais pensé avoir l’occasion de proposer ce genre de choses ici. Mais que ce soit avec moi, ou les autres corps de métier, menuisier, vitrier, ils n’ont jamais remis nos choix en question, du coup, tout le monde a beaucoup donné.
Il y a eu deux choses particulières sur ce projet”, renchérit Hervé Marullaz, “d’une part, le respect incroyable de Duncan et Lynn pour le patrimoine -Lynn m’a même fait garder les petits crochets qui tiennent les volets pour qu’on les remette sur la façade- ; et d’autre part, la relation géniale qu’ils ont su nouer avec tous les artisans”. Pour preuve, après le gros du chantier, la Maison -avec un M majuscule, car c’est maintenant son nom- a même eu droit à sa «lève», une fête traditionnelle locale de plus en plus rare, qui réunit tous les corps de métiers et les voisins une fois que la charpente est levée. Pour l’occasion, on accroche au toit un petit sapin en guise de porte-bonheur.

SAUVER LES APPARENCES

Il aura fallu deux ans de travaux, pour que la maison retrouve son aplomb. A l’intérieur, le faste, les œuvres d’art, l’explosion de couleurs et la rencontre de deux cultures, dans un ensemble à la fois vaste et chaleureux. A l’extérieur, toujours les mêmes coins peints, le petit balcon au-dessus de l’entrée, les volets rouges et blancs… Aujourd’hui, cette imposante bâtisse qui semble se cacher derrière la mairie est encore moins typique que dans le passé, mais aux yeux des locaux, sur la place du village, rien n’a changé…

+ d’infos : theboutiquechalet.com


Photos : Yves Garneau

DESIGN : NG DESIGN

DESIGN : NG DESIGN

COUDS DE GRÂCE

Chez Grégory Nicolas, pas de mannequins, mais des meubles, lampes, horloges et objets du quotidien qui s’habillent de cuir pour un défilé d’élégance. Touché par cette matière d’exception qu’il travaille à la perfection, il réinvente un art aussi esthétique qu’audacieux…

550 heures. C’est le temps qu’a passé Grégory à concevoir sa dernière création, ou plutôt devrions-nous parler d’œuvre d’art ! Passionné de musique et de hifi, il a ainsi entièrement gainé de cuir blanc une paire d’enceintes : “Les éléments datent de 1870 : le gros pavillon en bois à 10 cellules a été fabriqué par un luthier allemand et repose sur une boîte d’1m10 de hauteur. Tout a été recouvert de cuir, cousu à la main… et je ne parle pas du travail sur la mise au point du son, je suis bien à 1000 heures de travail !” Bref, quand Grégory crée, il ne compte pas ! Son objectif : faire de ses enceintes les meilleures du monde, tout simplement, et peut-être les commercialiser un jour…

NO PAIN, NO GAINE

Sa passion pour le cuir, c’est un peu une histoire de famille. Son père a travaillé 42 ans chez Hermès, sa tante aussi… Il passe alors son CAP de sellerie-maroquinerie en 1995 dans la seule école qui permettait de rentrer dans la prestigieuse société. Il y fait ses débuts à l’atelier ceinture, puis se spécialise dans le crocodile, sa matière de prédilection.
Quelques années plus tard, il passe au bureau d’étude où il participe à deux défilés Jean-Paul Gaultier pour lesquels il conçoit des casquettes en cuir et gaine une raquette de tennis très remarquée.
Un coup de cœur pour la Savoie plus tard, il s’y installe et rejoint une filiale d’Hermès à Aix-les-Bains.
Après 21 ans d’investissement mains et âme, il décide de faire une pause. Cela tombe bien car il est devenu papa ! Après cette expérience de père au foyer 2 ans durant qu’il a adorée, il crée son entreprise NG Design et devient dessinateur-designer-styliste-vendeur pour sa propre ligne d’articles de maroquinerie : lampes, porte-bouteilles, meubles… Ah, oui ! Entretemps, il a aussi travaillé 6 mois pour une princesse du Qatar à Paris : “C’était une ambiance originale, je travaillais dans son appartement. On devait monter un atelier sur Paris et lancer sa ligne de maroquinerie, mais finalement cela ne s’est pas fait…

TOUCHER JUSTE

Au départ, Grégory a bien sûr commencé avec des réalisations plus classiques, mais petit à petit, il a imaginé des montages et des procédés de fabrication qui n’existent nulle part ailleurs, tout en choisissant méticuleusement ses matières premières. “Pour mes meubles en chêne massif, la seule essence qui ne bouge pas dans le temps, je me suis entouré d’un menuisier-ébéniste, compagnon du devoir qui a 20 ans de savoir-faire. Mon cuir vient d’une tannerie qui fournit Hermès, c’est du premier choix, d’une qualité et d’une main exceptionnelle.” C’est de ce cuir qu’il a entièrement gainé, extérieur comme intérieur, une autre de ses plus belles réalisations : un meuble cabine où la couture visible passe sous le cuir pour le souder définitivement sur l’objet, pour toujours plus de sophistication et de durabilité. “Depuis 27 ans, la plus grande difficulté est d’imaginer ce qui n’existe pas. Aujourd’hui, je n’ai pas de concurrent, on ne fait plus de meubles en cuir depuis une trentaine d’années… ou c’est du made in China, très grossier ! Mes clients sont des amateurs de jolies choses, attachés au fabriqué en France, ou des passionnés d’art.” Sous les mains de Grégory, toujours prêt à en découdre, les objets du quotidien deviennent ainsi de véritables œuvres d’art, uniques et touchantes.

+ d’infos : http://ngdesign-france.fr

Photos : Julien Bosredon

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